SAINT-GALL (ABBAYE ET CANTON DE)


SAINT-GALL (ABBAYE ET CANTON DE)
SAINT-GALL (ABBAYE ET CANTON DE)

SAINT-GALL ABBAYE & CANTON DE

L’abbaye de Saint-Gall est l’un des plus anciens et des plus prestigieux centres monastiques d’Europe. Elle fut fondée, vers 613, par l’Irlandais Gall, disciple de saint Colomban. D’abord ermite, Gall anime ensuite, jusqu’à sa mort en 630 ou en 645, une communauté de douze religieux. Pillé à deux reprises, au cours du VIIe siècle puis entre 709 et 712, le monastère, d’où la vie religieuse avait disparu, est relevé et, vers 747, le moine Otmar y introduit, sur ordre de Pépin le Bref, la règle de saint Benoît. Jusqu’au début du IXe siècle, Saint-Gall relève de l’évêché de Constance, mais administre librement ses biens qui s’étendent des deux côtés du Rhin et que des donations accroissent considérablement. Le monastère obtient le droit de désigner son abbé et, en 818, Louis le Débonnaire lui confère l’immunité. L’abbaye royale entre alors dans une période florissante, qui culmine, entre 830 et 920, sous les abbés Grimald, Hartmut, Bernhart et Salomon. Autour de ses bâtiments, de son église, de sa bibliothèque, prospèrent des écoles de chant, d’enluminure et surtout un atelier de copistes, renommés dans toute la chrétienté occidentale.

Le début du Xe siècle amorce le déclin de Saint-Gall, précipité par les invasions des Hongrois, qui incendient le monastère en 937, par la montée des féodaux laïques, par l’amenuisement des ressources et le relâchement de la discipline. Un redressement s’opère, à la fin du siècle, dans le domaine économique, mais Saint-Gall, d’abord ouvert aux gens de toutes conditions, devient une maison «noble», ce qui nuit à la vie conventuelle. Les abbés, qui ont écarté la réforme de Cluny et embrassé le parti des empereurs, sont de plus en plus accaparés par le gouvernement et la défense militaire d’une vaste principauté. Ils deviennent avant tout des souverains temporels. Les dissensions politiques, l’incendie des bâtiments (1314) accentuent la décadence intellectuelle et favorisent les tentatives d’émancipation des bourgeois de Saint-Gall et des vassaux. Saint-Gall passe pratiquement sous le contrôle de l’évêque de Constance et de l’abbé d’Einsiedeln. Au lendemain du nouvel incendie de 1418, Heinrich von Mansdorf, prieur du monastère de Sankt Blasien, rétablit la situation au cours de son règne abbatial (1419-1426) et son œuvre est consolidée par Ulrich Rösch (1463-1491).

La maison traverse, sans dommages, la crise de la Réforme et la discipline claustrale est rétablie dans l’esprit du Concile de Trente. Saint-Gall retrouve sa prééminence avec la nomination de l’abbé comme directeur de la Congrégation suisse des bénédictins, fondée en 1601. L’abbaye dispense, dans ses écoles et par son imprimerie, organisée en 1640, la doctrine de la Contre-Réforme. Le XVIIIe siècle est une ère de faste matériel, avec les constructions de l’abbé bâtisseur Caelestin Gugger von Staudach (1740-1767). Elles ruinent la communauté et suscitent de violentes dissensions internes. Lorsque les troupes du Directoire occupent Saint-Gall, le 6 mai 1798, la plupart des moines, précédés par la bibliothèque et les archives, ont déjà fui vers l’Allemagne devant la menace française. La République helvétique autorise le retour des religieux (9 oct. 1801), mais, le 8 mai 1805, le grand conseil du canton de Saint-Gall prononce la suppression de l’abbaye et la confiscation de ses biens, mettant fin à 1 192 ans d’histoire monastique.

L’histoire architecturale de Saint-Gall reflète les vicissitudes de plus d’un millénaire. Le sanctuaire de bois du fondateur fut remplacé, sous l’abbé Otmar, par une nef de maçonnerie flanquée d’un hospice et d’une léproserie. L’abbatiale de Gozbert, édifiée de 830 à 835, marque une étape fondamentale. Cette basilique au plan en croix, richement décorée, va rester en effet, malgré les incendies et les remaniements de l’époque gothique, le noyau d’un ensemble qui ne sera profondément transformé qu’après 1626 et que l’on entourera de tout un complexe résidentiel. Les constructions actuelles remontent, avec l’église, les logements conventuels, la bibliothèque, le palais abbatial, au XVIIIe siècle baroque (1755-1768).

L’évolution de l’abbaye est inséparable du destin politique des terres qui lui étaient soumises. Avec l’accession du supérieur du monastère à la dignité de prince-abbé, en 1207, la mosaïque éparse des fiefs commence à se souder en un État abbatial, nanti des droits régaliens de battre monnaie et de rendre la justice. Les abbés, relevant du Saint-Empire, arrondissent leur domaine initial, l’Alte Landschaft , autour de la ville de Saint-Gall, par une série d’acquisitions (cité de Wil; comté de Toggenbourg, en 1468). Ils doivent résister à la fois à la pression des Habsbourg et aux velléités d’indépendance de leurs sujets. C’est ainsi qu’en 1291, l’abbé Wilhelm von Montfort dut accorder une charte de franchise aux habitants de Saint-Gall. Lorsque la Suisse primitive s’émancipe de la sujétion des Habsbourg et forme la première Confédération, agrandie par des alliances nouées avec des cités et d’autres cantons, Saint-Gall cherche un appui auprès d’elle. Ce rapprochement fut sanctionné, le 14 août 1451, par un traité d’alliance perpétuelle avec Schwyz, Lucerne, Zurich et Glaris. L’abbaye devint ainsi le premier pays allié de la Confédération et le resta jusqu’en 1798. Elle fournissait aux Suisses des contingents militaires et participait à leurs diètes, tout en gardant avec l’Empire un lien très lâche de dépendance. Les domaines conquis par l’État abbatial, partiellement passés à la Réforme, avaient, de leur côté, des liens particuliers avec les cantons. Dès 1718, le Toggenbourg eut une constitution avec une assemblée représentative, alors que les princes-abbés régnaient en souverains absolus sur l’Alte Landschaft . L’Acte de médiation de Bonaparte (1803), qui réorganisait la Confédération, faisait accéder au statut de canton souverain les anciens pays alliés et sujets, particulièrement le territoire de Saint-Gall. Le dernier abbé refusa de le reconnaître.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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